Superman et sa clique (1) : la réécriture en question

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Alors quand on cause « réécriture », « ré-adaptation » etc, qu’est-ce qu’on veut vraiment dire ? Aujourd’hui, il y a un tout un panel de termes, plus ou moins connus du grand-public, pour désigner cette forme narrative. Le plus connu de ces concepts, c’est bien entendu le reboot. Le reboot, à l’origine, c’est « redémarrer » en anglais. C’est un mot plutôt utilisé dans le domaine informatique, pour désigner le redémarrage d’un ordinateur lorsque celui-ci rencontre un problème (qu’on espère ainsi résolu) ou après l’installation d’un nouveau logiciel. Toujours captivée par autre chose qu’elle-même, la fiction s’est vite emparée du phénomène. Aujourd’hui, on parle de reboot pour toute forme cyclique : lorsqu’une saga ne fonctionne plus (quelle que soit la raison), on l’efface, on la redémarre… On la réécrit.

Deux exemples récents pour les super-héros. La trilogie de Nolan, censée rattraper le plantage des Batman précédents, et le Spider-Man de Webb, reboot de la précédente série de Sam Raimi, amorcé pour de sombres histoires de studio. Le –re de reboot (et de réécriture), c’est donc à la fois celui de la répétition (la trame initiale reste peu ou prou la même), et celui de la réexploration (selon les époques, les envies, et les supports, on modifie de manière plus ou moins incisive l’histoire originelle. On lui ajoute de nouvelles choses, de nouveaux logiciels, quoi). Et forcément, quand on aime bien les super-héros, on aime bien jouer de cet équilibre toujours vacillant où l’envie d’être surpris se dispute à notre attachement pour tel ou tel motif originel. Certains préfèreront la Gotham burlesque de Tim Burton, d’autres trouveront plus de force à celle de Christopher Nolan : plus hyperréaliste. Plus contemporaine.

Y a un type comme ça qui a pondu tout un essai sur cette histoire de réécriture. Car évidemment, les phénomènes de reboot ne concernent pas que les super-héros et peuvent porter d’autres noms selon la mode, l’époque ou l’angle d’attaque adopté. Ce type, c’est Gérard Genette. Le livre : Palimpsestes. Lui, il est universitaire, il y va pas de main morte, il appelle ça « l’hypertextualité ». Ouais. « L’hypertexte, explique-t-il, est […] considéré comme une œuvre « proprement littéraire » – pour cette raison simple, entre autres, que généralement dérivé d’une œuvre de fiction (narrative ou dramatique), il reste œuvre de fiction.» Par « hypertexte », Genette entend « tout texte dérivé d’un texte antérieur [l’hypotexte]. » (GENETTE (1982 : 16-17))

Et pour résumer, voilà le topo. L’hypotexte, c’est la version originale. L’hypertexte, c’est la réécriture, la version nouvelle, détournée. C’est là que les choses se compliquent car, évidemment, il y a différentes façons de réécrire (justifiant par là les quelques 500 pages de ce bouquin fondateur). Certains imitent, d’autres transforment, d’autres parodient, d’autres restent très sérieux. Les discours transfuges s’altèrent et diffèrent selon les époques.

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