Univers superhéroïques (1) : Une petite introduction

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Comme tout bon livre qui se respecte, le comic de super-héros est une porte d’entrée sur un univers de fiction. La différence étant ici que ces mondes ne se constituent pas d’un seul texte, mais d’un bon millier de récits, voire davantage, qui, en plus d’organiser mensuellement ces espaces fictionnels, en ont établi une chronologie vieille de plusieurs décennies. Si bien qu’un seul comic n’est qu’une fenêtre parmi tant d’autres, l’univers sur lequel il ouvre n’émergeant en (quasi)totalité que par la conjointure de tous les comics d’hier et d’aujourd’hui. Pour exemple, le DC Universe se compose de différents microcosmes interactifs représentés à chaque fois par un super-héros et son entourage. Batman possède son propre environnement situé dans les limites de sa ville, Gotham City, où il croise alliés (Robin, Batgirl…) et ennemis (le Joker, Catwoman…). Il en est de même pour Superman dont les aventures se déroulent à Metropolis. Tous ces microcosmes sont cependant en rapport les uns les autres, comme nous le rappellent les crossovers réguliers, chargés de mettre à jour et de rénover l’architecture de ces mondes (Crisis on Infinite Earth, Civil War…). Entre souci économique et délire science-fictionnel, les univers superhéroïques sont l’objet d’une véritable inventivité qui explique leur complexité et leur infinitude. C’est pourquoi, pour les décrire, on aura souvent recours aux théories de la fiction, récent courant théorique initié par Thomas Pavel (Univers de la fiction) qui s’occupe non plus du texte, mais bien de l’univers qui s’y projette derrière : est-il plus grand que le laisse entendre le récit ? Quelles sont les zones d’ombre que celui-ci laisse en suspens ? Etc.

L’exemple le plus souvent cité pour justifier ce domaine théorique est le suivant : si l’on sait que Lady MacBeth a des enfants, personne ne sera jamais capable de savoir combien ils sont exactement, pour la bonne et simple raison que Shakespeare ne le mentionne jamais. Cas singulier, mais si fréquent, de cette fiction qui échappe à son texte.

Autre particularité du monde superhéroïque : celui-ci est intrinsèquement lié à sa maison d’édition. Les deux principaux éditeurs (DC et Marvel) étant propriétaires des personnages dont ils publient les titres, ils constituent des entités qu’on aurait tendance à assimiler à des architectes démiurges. Si bien qu’on parle avant toute chose des DC et Marvel Universes. Ainsi le lecteur ne s’étonnera pas de voir Green Lantern croiser Wonder Woman (tous deux sont chez DC), là où il fera la grimace si jamais un comic abrite les aventures conjointes d’un Spider-Man (Marvel) et d’un Spawn (Image). Pourtant, ces cas existent, lorsque les éditeurs décident de s’assurer une promotion respective. D’où, du coup, cette proximité entre deux histoires différentes : celle d’une maison d’édition et celle de la fiction qu’elle met en place. A cela s’ajoutent les différentes lignes de parution parallèles (« What If », « Imaginary Stories », « Ultimate », « All Star ») qui, à leur tour, font émerger des univers spécifiques, distincts mais pourtant si proches du monde originel.

L’histoire toute pragmatique d’une industrie déploie donc différentes frontières et cartographies fictionnelles. Et si l’auteur n’y avait pas au départ vraiment sa place, on verra que, depuis une trentaine d’années, certains d’entre eux ont réussi à imposer leur marque de fabrique, créant de nouveaux univers qui transcendent les frontières éditoriales – stratégie économique qui fait apparaître la griffe de l’auteur.

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