Histoires d’artistes – présentation de la rubrique

Aujourd’hui, l’humeur du « Super-héros et ses doubles » est à la fête.

Peut-être parce qu’on vient d’entrer dans le Printemps et que celui-ci, encore un peu ensommeillé, nous convie depuis peu à la chaleur de ses rayons de soleil. On se sent heureux, ouverts à la renaissance et à la nouveauté. C’est pourquoi on en profite pour inaugurer en ce jour une nouvelle rubrique, « Histoires d’artistes », qui sera consacrée, comme son nom le laisse entendre, aux dessinateurs de comics. Alan Davis, Tony Harris, Jim Lee… Il est temps de se pencher, un peu penauds, sur cette clique qui rend vivante notre galerie fétiche de justiciers costumés. Un peu penauds, en effet, car un lecteur assidu de notre blog (doit bien y en avoir un ou deux) aura pu constater qu’au cours de nos articles, on s’est plutôt intéressé au style des scénaristes pour laisser de côté celui des artistes. Si bien qu’on a eu même tendance de temps à autre à attribuer le découpage des planches de BD au seul mérite des scripts (Cf. toutes ces choses sur Alan Moore), alors même qu’il s’agit là d’un artifice narratif purement visuel. Triste regret, donc : le dessinateur et son style occupaient une place mineure dans nos réflexions.

JH Will

Jusqu’à ce fameux jour récent où l’on a (re)lu coup sur coup Promethea et Batwoman et qu’on a commencé à se pencher sur le cas de leur dénominateur commun, J.H. Williams III. Pour en arriver à cette conclusion toute simple que, quand même, la manière toute particulière dont cet artiste conçoit ses planches n’est pas forcément due au grand régisseur qu’est Alan Moore (ce qu’on a secrètement pensé, mea culpa, la première fois qu’on a lu Promethea). La preuve avec Batwoman, série pour laquelle Williams, seul maître à bord, pousse encore plus loin son délire – un délire qui va même jusqu’à signifier quelque chose dans la narration. Voir par exemple l’évaporation fantomatique des cases lorsque l’héroïne combat des esprits vengeurs ou, à l’inverse, la luminosité des planches quand il s’agit de rétablir la foi en l’idéal solaire du Silver Age.

Batwoman et les fantômes

Batwoman et le Silver Age

Puis, en écrivant l’article sur les Mille et une nuits, on a eu comme une révélation : les sources d’inspiration dans lesquelles puise J.H. Williams pour mettre en image Promethea revêtissent une fonction qui va bien au-delà de la simple décoration. L’artiste ne fait pas seulement ça pour faire beau. Et pour cause, ces fables arabes sont collectées et répétées par une grande conteuse, Shéhérazade, qui a bien des choses à voir avec l’héroïne prométhéenne. Mieux encore, si cette Narratrice par excellence n’est jamais mentionnée explicitement, elle est pourtant très présente dans la série et ça uniquement grâce aux dessins de Williams qui sans cesse l’esquissent en toile de fond des planches. En gros, si on a mis en parallèle les Mille et une nuits et Promethea, c’est en raison du style de J.H. Williams et en aucun cas pour la superstar Alan Moore, puisque ces contes ne sont pas cités textuellement dans le script. Tout ça, c’est donc finalement grâce à ce que ne dit pas le scénariste, mais que révèle le dessinateur.

Du coup, après ça, on a un peu réfléchi : si le style de J.H.Williams permet de dévoiler les aspects implicites d’une histoire, s’il y a une certaine cohérence entre les comics qu’il dessine, si même ses inspirations ont quelque chose à nous dire sur les intrigues qu’il met en image, peut-être est-ce aussi le cas pour d’autres artistes ? Après tout, la griffe hyperréaliste d’un Bryan Hitch ne nous apprend-elle pas autant sur Ultimates que l’écriture subversive de Mark Millar ?

Thor par Bryan Hitch

Et, pour rester sur des BD de ce scénariste, n’y aurait-il pas, glissées dans les vignettes de Red Son, tout un tas d’allusions purement graphiques à l’évolution esthétique de Superman et qui seraient davantage attribuables aux dessinateurs Dave Johnson et Kilian Plunkett ?

Red Son

Et si cette uchronie s’accompagnait d’une visite guidée et silencieuse de l’histoire des graphismes supermaniens ? Quid du trait de Johnson, si semblable à certains dessins animés des frères Fleisher (1942) ?

Suivant ces réflexions, « Histoires d’artistes » nous aidera à mieux comprendre le style des dessinateurs et à voir comment ces derniers, loin d’être seulement des illustrateurs au service des scénaristes, créent une cohérence de comics en comics. Entre perspectives, points de vue et compositions, on verra du coup comment ils affinent au fil de leur parcours un trait qui leur est propre, une patte qui, riche de leurs inspirations et innovations, fait sens dans l’histoire des bandes dessinées, crée l’histoire, même,  au même titre que le pitch d’un scénar. Bref, cette rubrique sera l’occasion de suivre une autre ligne que celle du script, d’emprunter, à l’inverse, les sentiers aux multiples références que tracent ces fameux dessinateurs. Et, pour inaugurer ce déroulé printanier, on s’intéressera en premier lieu au style floral d’un artist cover qu’on aime bien ici : James Jean.

Une réponse à “Histoires d’artistes – présentation de la rubrique

  1. J’applaudis des deux mains ! j’aime au moins autant les dessins que les scénarios, j’ai hâte de faire quelques belles découvertes graphiques.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s